Le Comptoir à Manger, l’exceptionnel mini-néobistro strasbourgeois

J’ai récemment rendu visite à une copine strasbourgeoise. Depuis un an elle n’avait de cesse de me parler de ce petit bistro irrésistible découvert dans le centre-ville, tenu par deux femmes (et d’une fameuse glace à l’asperge). Ma venue était donc l’occasion de découvrir le Comptoir à Manger, qui est apparemment une petite révolution gastronomique à Strasbourg depuis un an et demi (complet des mois à l’avance).

Le décor est clair (tout de bois vêtu) et accueillant dans ce petit espace de moins d’une vingtaine de couverts, où les deux jeunes femmes tiennent la baraque avec une joyeuseté contagieuse. On se sent instantanément bien, c’est délicat sans être chichiteux ou branché. Il y a deux menus, un en cinq temps et un en sept temps, à des prix raisonnables (32 et 42 euros), mais aucun choix côté assiette ou vins, on se laisse guider. On commence avec ces navets crus et cuits, assaisonnés avec retenue d’une vinaigrette à la pomme et d’un gomasio (mélange de sel et de sésame habituellement), ici aux graines de tournesol. Cuit ou cru, cela reste croquant, d’une grande fraicheur, simple mais avec tout ce qu’il faut pour réveiller, interroger doucement, sans oublier le plaisir.

Un velouté d’herbe bien nappant (je sais qu’il y a de la livèche dedans mais il n’y a pas que cela), assaisonné par quelques oeufs de saumon qui explosent en bouche et une excellente crème fraiche. Simple et bon.

Premier grand moment, le velouté d’asperges à droite. J’avais rarement aussi bien ressenti le parfum d’excellentes asperges blanches, c’est crémeux, légèrement émulsionné, doux mais très parfumé et il y a quelques croûtons qui se cachent pour la surprise.  Dans l’autre petit bol, l’asperge est finement taillée et crue, avec de la sauge et du vinaigre de cidre, joli contrepoint.

Truite, oignon nouveau et beurre monté à la livèche. La cuisson est admirable, c’est un peu plus riche mais cela reste très délicat et léger. Bon, j’ai toujours un souci avec ces peaux de poissons dans l’assiette quand elles ne sont pas très grillées, mais franchement je me régale.

L’unique faux-pas, si ces quelques radis rapidement revenus sont excellents et que la volaille est grillée à souhait, c’est un peu cuit et donc un poil sec pour moi. Il y a aussi un jus, versé en salle, qui n’est pas à la hauteur de l’extase des plats précédents (tout en étant agréable).

Premier dessert, retour de l’asperge. La glace est d’un crémeux infini, le goût d’asperge est puissant mais pourtant ça fonctionne très bien en dessert, léger sur le sucre, servi avec quelques morceaux croquants d’asperge et de la noisette.

Deuxième moment d’extase, un dessert autour de la rhubarbe, en sorbet et en jus (à l’aspérule, une plante que je ne connaissais pas). La rhubarbe est croquante, le sorbet savoureux, le jus incroyablement frais, c’est un dessert de cuisinier parfait, qui termine le repas à merveille.

Voilà ce que donne la bistronomie à la strasbourgeoise, locavore, fière de son terroir. Lieu, accueil, cuisine, tout est à un très haut niveau. Si vous allez à Strasbourg, ne tergiversez pas. Ma copine n’avait pas menti !

 

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