Le phénomène Bouillon Pigalle, ça vaut quoi ?

En général, quand un lieu est gigantesque et assailli de gens, ça me fait fuir (suivez mon regard). Le dernier resto du genre c’est Bouillon Pigalle, un grand machin sur deux étages au métro du même nom, servant 300 couverts dans une ambiance brasserie à l’ancienne (plutôt sobre et jolie), grandes tables interminables sur lesquelles on espionne les conversations des voisins (nous avions autour de nous un ancien footeux pas grand et chevelu, un jeune blogueur people chaipakoi qui a disparu après un scandale et un sosie de Kim Kardashian pas poli avec le personnel).  C’est bruyant, bien sûr, mais le lieu n’est pas désagréable, hommage aux « bouillons » parisiens, ces restaurants gigantesques qui nourrissaient Paris pour quelques sous il y a un siècle.

Première embûche pour l’instagrammeur, impossible de faire une photo correcte (le soir, en tout cas). Il fait assez sombre et surtout je ne sais quel phénomène paranormal fait apparaître de grandes bandes façon chaîne de télé cryptée sur la plupart des clichés. L’atout principal de l’endroit c’est son créneau et son prix : une vraie cuisine de brasserie à l’ancienne et pas chère. Oeuf mayo, boeuf bourguignon, os à moelle, etc. Les entrées tournent entre 3 et 5 euros (même moins de 2 pour l’oeuf mayo, pas mauvais par ailleurs), les plats autour de 10. Au-dessus, les poireaux vinaigrette, moins de 4 euros si je me souviens bien, pas très généreux mais assez réussis, gardant une certaine fermeté et bien aidés par les éclats de noisette craquants.

Mon plat, un agneau de 7 heures avec des mojettes (moins de 10e). Les haricots blancs, j’adore ça, mais là c’est un peu la cata, ils ne sont pas du tout assaisonnés et même bizarrement aqueux (comme si le bouillon était trop clair). L’agneau est correct, il s’effiloche bien, c’est déjà ça. A côté, les frites de mon camarade sont bonnes (je suis jaloux, mais j’en pique discrètement), mais son boeuf bourguignon est constitué d’énormes morceaux de gras et de cartilage (en face, une autre s’en sort mieux sur la chair).

Plus de riz au lait ce soir là (#tristesse), je prends donc le clafoutis aux pruneaux (moins de 4 euros)… qui n’est pas du tout un clafoutis, c’est dense comme un far breton, plus dense encore , même. Pas mauvais, mais pas ce qu’on m’avait annoncé. J’ai aussi pris la glace au lait (moins de 3 euros), façon soft serve américaine/sundae. Très crémeux et aérien, j’aime bien ça, c’est régressif.

Je n’ai pas fondamentalement mal mangé, c’est allé du « pas terrible » au « plutôt bon ». Mais je ne comprends pas bien l’attrait de l’endroit, qui ne tient pas vraiment la promesse de la gourmandise rétro à cause des imperfections dans l’assiette. Côté service, le ton était enjoué, sympathique et très fluide… même si j’ai du insister pour la carafe d’eau et les oeufs mayo. Reste cet atout formidable du prix et c’est vrai que de ce côté là, Bouillon Pigalle a de beaux arguments.

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